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Rencontre avec Robert Guédiguian, à l’occasion de la sortie de son dernier film, Le voyage en Arménie, diffusé au cinéma Les Lumières de Vitrolles.
Comment est née l’idée de Voyage en Arménie ?
Nous sommes allés en Arménie en 2001, pour une rétrospective de mes films. Nous avons été accueillis de manière incroyable, et surpris d’être très connus là-bas. Pourquoi ? Parce que l’Arménie est un tout petit pays, qui n’a aucunes ressources et qui a du mal à se remettre de la période liée à l’Union Soviétique. Elle a donc un besoin vital de visibilité, si bien que toute personne qui fait quelque chose à l’étranger est immédiatement prise comme emblème. Nous nous sommes sentis, sans le savoir, des portes parole. Tous nous ont incités à faire un film sur place. Devant autant de sollicitations, une réflexion est née. J’aime à dire que ce film est une commande du public arménien.
J’ai vu de beaux paysages, fait des rencontres. Un lien affectif s’est créé ; c’est comme ça que les idées naissent. Pour sa part, Ariane (NDRL : Ariane Ascaride, actrice du film et femme de Robert Guédiguian) souhaitait faire depuis longtemps une œuvre sur le rapport père/fille. Elle m’a appelé un jour en me disant que cette histoire devrait prendre place en Arménie. La question des identités est un thème nouveau que vous n’abordiez pas jusqu’alors ?
Il y une raison à cela :elle était beaucoup moins cruciale jusqu’alors dans le Monde, notamment en France. J’estimais alors qu’elle restait un sujet secondaire, et que l’important était de traiter de ce qui oppose les riches et les pauvres, plutôt que les civilisations. Mais la question des identités m’est apparue plus urgente à traiter aujourd’hui. Je voulais en parler comme d’une ouverture, qui est à construire, car l’identité se fabrique sans arrêt. La diaspora arménienne a été forcée de se créer une identité double, tournée à la fois vers les racines et vers l’avenir. Depuis le tournage, je passe beaucoup de temps en Arménie. C’est devenu pour moi un nouvel ancrage, et je suis désormais lié à de nombreuses personnes là-bas. Les racines sont importantes pour pouvoir pousser, pas pour régresser.
Quel rapport à vos origines arméniennes aviez-vous avant ce tournage ?
Je n’étais jamais allé dans ce pays avant 2001, comme beaucoup d’arméniens de la diaspora d’ailleurs. Car la plupart d’entre eux ne viennent pas de l’Arménie, puisque les familles qui ont échappé au génocide vivaient sur le sol turc.
Mes grands-parents sont arrivés à Marseille après le génocide, en 1920. Mon grand-père s’est beaucoup impliqué dans le rapatriement des réfugiés. Mon père, pour sa part, a fait autrement. Son objectif était avant tout de s’intégrer. C’est d’ailleurs souvent la deuxième génération que reprend contact avec les racines familiales.
La reconnaissance du génocide n’a pas été aisée, en France. Par ailleurs, le vote d’une loi proposée à l’Assemblée Nationale le 18 juin, comportant un volet pénal, a été repoussé. Quel regard portez-vous sur cette situation ?
La reconnaissance du génocide n’est pas un enjeu historique, mais politique. Si la Turquie reconnaissait ce qui a été perpétré contre le peuple arménien, ce serait une grande victoire. Un pays n’est véritablement libre que lorsqu’il assume son histoire.
Mais je crois aussi que le peuple turc ne peut pas se sentir coupable de ce qui s’est passé. Je voudrais dire à la population qu’elle n'est responsable de rien. Tout autant que moi, français, qui ne suis pas coupable du régime de Vichy ou des évènements d’Algérie.
Vous faites partie du Conseil d’administration du cinéma Les Lumières de Vitrolles. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Quand le cinéma a réouvert en 2004, j’ai tenu à soutenir cette initiative, qui est importante pour la Ville. D’autant plus que Les Lumières ont une politique de programmation large avec l’organisation de débats, la diffusion de films d’auteur. C’est pour cela que j’ai tenu à ce que Gérard Meylan, qui tient l’un des rôles principaux de Voyage en Arménie, soit présent lors d’une soirée spéciale autour du film (voir dans la colonne ci-contre).
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SYNOPSIS
Gravement malade, Barsam retourne dans l’Arménie qui l’a vu naître. Il laisse de nombreux indices pour que sa fille Anna puisse le rejoindre. Ce voyage obligé dans ce pays inconnu deviendra pour elle ce que Barsam voulait qu’il soit : un voyage initiatique, une éducation sentimentale…
Soirée arménienne le samedi 1er juillet, au cinéma Les Lumières : projection du film suivi d'une discussion avec Gérard Meylan, acteur principal et d'un buffet convivial. Pour plus d'informations, cliquez ici
Pour lire également, l'ancien article sur la commémoration du génocide arménien, cliquez ici |